Monday, September 12, 2005

Les femmes dans ma création



"Manuella", 2004
Gouache et aquarelle sur papier
78,8 x 57,5 cm




N'ayant jamais vécu qu'avec des femmes, je suis très sensible à la cause féministe. Les femmes qui m'ont élevé, à commencer par ma grand-mère, n'ont rien cédé de leur féminité. En même temps, elles n'ont jamais été soumises ou dominées. Aussi, je recherche chez la femme, dans ma création comme dans la vie, cette force qui fait d'elle une déesse. Du reste, je voudrais comprendre la part de féminité que j'ai en moi, pour mieux articuler ce que je suis en tant qu'homme, dans un monde de plus en plus confus.



"The Human Invention", 2005
Huile sur toile
80 x 80 cm




Je peins des femmes parce que j'aime la beauté féminine, quand elle est féline, gracieuse. Quand une femme s'aime, elle me séduit. Quand elle paraît unique et précieuse, je veux la peindre, afin de dire au monde qu'elle existe. Sans doute, suis-je ainsi à la recherche de la femme idéale : celle qui porte dans ses yeux un secret qui m'est destiné. Je voudrais découvrir un tel secret, s'il existe.




"Initiation au vin de palme", 2002
Huile sur toile
107,5 x 78 cm

Les enfants dans ma création



L'oiseau, 2004
Huile sur toile
29,7 x 42 cm

L'enfance est un thème qui m'est "chair". Quand je croise les yeux d'un enfant, je m'attends à y lire l'innocence, la pureté, la virginité, la félicité du monde. Le regard des enfants en Afrique est souvent trop lourd. Parfois, on dirait des Ancêtres. La douleur, la désillusion, le doute, la sagesse... marquent leurs regards. Certains portent dans les yeux une sorte de culpabilité, celle d'être né en héritant des fautes et des crimes qui ne sont pas les leurs. Ma création témoigne de cette réalité sinistre. Elle témoigne aussi de l'espoir. Puisque chaque enfant incarne une part du monde qui nous donne à espérer.




Underground, 2004
Huile sur toile
29,7 x 42 cm

Mon style, c'est moi !



"Allégorie de la Re-Naissance", 2001
Huile sur toile,
65 x 80,5 cm

Mon style se forme. Il s’affirme. Il s’affine. Il s’enrichie. Je ne saurai lui donner un nom ou une étiquette. Il se nourrit des expériences qui enrichissent ma vie, et m’ouvre à des influences extérieures. Bien sûr, on m'a souvent reproché de ne pas peindre comme un africain. Seulement, vivre dans un monde pluriel et se contenter d’être Africain est une insulte à l’intelligence. Ma création doit réfléter la richesse du monde, prenant pour base ma culture africaine. Même si, j'y travaille, mon style doit aboutir à être unique, tout comme ma vie. La route est longue. Mais, je me fais. Au gré des rencontres, y compris les rencontres avec moi-même.



"Découverte de la Différence", 2001
Huile sur toile,
104,5 x 94,5 cm

Mes influences viennent du monde entier



"Allégorie de l'Innocence", 2002
Huile sur toile
107,5 x 78 cm

Mes influences sont diverses. Dali par exemple. Ou Fussli. Ou Birago Diop, Henry Miller, Anaïs Nin, Turner. Géricault. Le Sixième sens. Le Roi Lion. J’ai adoré la trilogie du Seigneur des anneaux. Lokua Kanza. Papa Wemba. Chris de Burgh… La musique gothique intéresse également. Je pourrais ainsi continuer à citer des noms, pendant des heures, voire des jours. J’inventerais des noms de maîtres, que j’attribuerais à des œuvres totalement imaginaires… Car, tout une part de mes références restent anonymes. Elles viennent surtout de ma part du passé. Issu d’une extraordinaire culture d’oralité, je me comporte comme souvent comme une archive. Nous avons la chance de vivre dans un monde tellement vaste et tellement complexe que pour le comprendre, le traduire, l’imaginer, le créer ou le recréer, le champ est tout autant vaste et illimité, complexe et pluriel.




"Les masques meurent aussi", 2000
Huile sur papier entoilé
38 x 46 cm

Je crée des post-croûtes


"Autoportrait à l'âge de 82ans", 2002
Huile sur toile
100x81cm

Ma recherche artistique répond à une logique trinitaire. Le point de départ, c’est le réalisme. Consistant à rendre les choses telles que je les perçois. Il ne s’agit pas de dessiner fidèlement et scientifiquement, mais de faire en sorte que tous ceux qui ont déjà vu une pomme sache que ce qui est dessiné est réellement une pomme, et non pas une pomme de terre ou un éléphant informe. Le réalisme dans ma création est cette capacité artistique à rendre réelle la vérité immédiate, urgente.
Le deuxième point de ma recherche artistique est le surréalisme. Lequel met en scène notre pomme, et l'invite à adopter des rôles inattendus, imprévisibles... qui trahissent sa nature de pomme, ou la dévoile autrement. Ainsi, ce n’est plus forcément un fruit qui est représenté. Ce n’est plus forcément une pomme. Même si picturalement, ceux qui ont déjà vu une pomme la reconnaissent encore en tant que telle. Le surréalisme apporte à mon univers créatif, une force d’imagination, et une part majestueuse de rêve, de transcendance, d’hallucination, de vision, de phantasme, d’hystérie, voire de névrose. Me voilà de la sorte en pleine euphorie, comme sous l’effet de l’ivresse, totalement torché, en transe... Prenant une pomme pour un sexe de femme, bandant volontiers, rien qu’en dégustant la pompe. C’est un peu limite comme image. Mais c’est ainsi que je ressens et traduis le surréalisme.
Le troisième élément de mon travail est un concept plus intime, très personnel. Ce complément que j’introduis dans ma recherche artistique, c’est le sous-réalisme. Une réalité invisible, mais réelle, fondamentale, profonde, incontournable, inévitable qui sous-tend la vérité viisble, immédiate. Sans le sous-réalisme, il n’y a ni vérité ni transcendance dans ma création. Si nous devons garder l’exemple de la pomme, le sous-réalisme pose la question cruciale de la réalité vitale de la pomme ; sa réalité souterraine liée au pommier, liée à la sève qui nourrit le pommier, nourrissant par conséquent notre future pomme, la faisant pomme, la faisant autre. Le sous-réalisme détermine sa vie avant d’être pomme, son existence future de pomme, sa texture, son poids, la couleur de sa texture, son goût, sa valeur, même après qu’elle ait été achetée, jetée parce que pourrie, ou consommée. Le sous-réalisme conditionne le destin de la pomme, jusqu’à son dernier état de dégradation, et même après. Le sous-réalisme est la réalité essentielle, capitale, spirituel qui donne un bastion à chacun d’entre nous. Cela peut s’agir du karma, du dharma, du sort, des ancêtres, de l’incarnation, voire la réincarnation. A vrai dire, c’est un concept que je continue à élaborer jusqu’à l’affiner au plus près.

Chamanique


Me voici. Me Voila. Mon nom est Cham. Du pays lointain où la création permet de vivre. Bananes, patates, triples portions doublées de frites, plus du manioc frelaté, voilà mon profil professionnel. Mon plan de vie est égal à alpha plus bêta non nul, le tout équivalent au diamètre d’un poids chiche soustrait du cosinus de l’anus, filigrane cryptée d’une existence débile, l’ensemble multiplié par le total des découverts à la banque , et c’est encore loin du compte. Singe qui ruse, anagramme de ma chair. Viviers plénipotentiaires gravés d’oxymores méphisto-angéliques. Ça le fait grave de cette déviance qui est mienne, fi des résiliences ! Au diable les morpions !!! Je le suis pourtant. Sur mon visage aux balafres virtuelles, le masque primitif et souriant d’un tordu post-moderne, dévoilé au monde par un pet. Pourtant dans mes veines violentes coule paisiblement le sang océanique, agnelé peut-être, d’un elfe lacéré. Entre la Vie et l’Avenir se dresse un Moi. Ithyphallique et invivable dont je me joue sans arrêt, Moi qui suis un enfant ridé s’amusant avec la destinée d’une mouche impolie : autoportrait à venir. Par dessus le marché, je me fais de cet autre dans le miroir, halte de mon être, qui ne ressemble à rien. Tout juste moi, somme toute. Toutefois, là où le monde tente en vain de devenir, je me contente d’être : privilège absolu réservé aux seules Divinités.